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Archive : mission "Odemira" 2008Habitat rural et métallurgie du fer dans la basse vallée du MiraEntre Antiquité tardive et haut Moyen Âge (IVe – XIIe s.)Mathieu Grangé (Université de
Paris I, AIPRA)
Antécédents
La documentation disponible à l’heure actuelle a été élaborée entre 1986 et 2002 au cours de diverses campagnes de prospections (Plano Director Municipal, et surtout projet « BRONZMIRA-Proto-história do Baixo e Médio vale do Rio Mira », au cours duquel furent également sondés trois établissements médiévaux). Ces travaux ont conduit à l’identification d’environ 400 sites, toutes périodes confondues, et laissent aussi clairement apparaître l’importance de la sidérurgie antique et médiévale dans la région. Présentation du projet Conçu au départ comme un projet d’archéologie spatiale, notre projet présente deux volets complémentaires et indissociables : Un volet « rural », qui vise à l’étude diachronique du système de peuplement entre la fin de l’Antiquité et la « pleine » islamisation de la société de l’Occident d’al-Andalus. L’objectif est de parvenir à une hiérarchisation des établissements reposant sur des critères archéologiques et géographiques et d’en saisir l’évolution sur la longue durée. Un volet « sidérurgique », qui vise à l’étude des structures et déchets (scories) liés à la production du fer (sur le terrain et en laboratoire). Les principaux objectifs sont d’estimer les différentes étapes de la chaîne opératoire de la sidérurgie directe, d’identifier le(s) minerai(s) utilisé(s) (qui, à Odemira, sont de 5 types différents), et de tenter une estimation quantitative de la production. Ces deux volets s’enrichissent mutuellement et constituent un bon angle d’approche des relations société-milieu : le croisement des données archéologiques, géographiques et paléosidérurgiques permet de mieux comprendre comment la société rural du haut Moyen Âge organisé l’espace qu’elle occupait et exploitait. A terme, nous ajouterons une dimension paléo-environnementale à l’enquête (notamment par la réalisation de sondages géoarchéologiques), afin de préciser l’impact des activités humaines (et surtout de la sidérurgie) sur l’environnement. Cependant, sur le terrain, on se heurte à un certain nombre de problèmes taphonomiques (absence de terrain labourés, densité du couvert végétal, érosion, acidité des sols…) : bien souvent le matériel archéologique rencontré en surface est peu abondant et rarement significatif. Ce qui pose problème, c’est donc la représentativité des données de prospections (notamment du point de vue de la chronologie et de la superficie des établissements), qui ne permettent pas de répondre efficacement aux problématiques du projet. Il a donc été nécessaire de réfléchir à des méthodes mieux adaptées, incluant des prospections magnétiques et la réalisation systématique, sur les établissements déjà identifiés, de « mini sondages » manuels (de 1x1 m, par exemple).
Várzea da Salamoa (Odemira) : ensemble de fosses
dépotoirs.
Le site se trouve à moins de 500m du centre-ville d'Odemira. Fouille de sauvetage 2002. (photo : Jorge Vilhena)
Objectifs de la campagne 2008 À l’automne 2008, nous testerons cette méthode dans le secteur du Cerro do Castelo das Bouças (Relíquias, Odemira). Outre l’établissement de hauteur des VIIe-IXe s. dédié à la réduction du minerai de fer (sondé en 2000), les prospections ont révélé, entre autres, la présence de 5 petits établissements agricoles médiévaux (où furent également ramassées quelques scories coulées), disséminés le long d’une petite plaine alluviale offrant des sols de capacité agricole optimale. Tout d’abord, nous prospecterons intégralement les sites ayant livré des scories à l’aide d’un magnétomètre (à protons ou à césium, selon les possibilités). Cette méthode, sans indiquer catégoriquement l’emplacement des bas fourneaux, devrait aider à leur localisation, ainsi qu’à celle des épandages de scories, tout en révélant éventuellement d’autres types de structures. Seule exception : le site de Bouças 3, qui ne fera l’objet d’aucune opération archéologique puisqu’il est actuellement occupé par un rucher. Les résultats des prospections magnétiques orienteront l’implantation des « mini sondages ». Ceux-ci ont pour objectif d’ouvrir de modestes fenêtres sur les différents établissements afin de se faire une idée de leur stratigraphie (dont la puissance n’excède généralement pas les 30 cm dans les lithosols schisteux du flysch alentejan) et d’apporter des informations plus précises sur leur chronologie, leur fonction et leur organisation. Le Cerro do Castelo das Bouças, qui a déjà été sondé en 2000, ne fera l’objet de mini sondages que si la prospection magnétique permet d’émettre des hypothèses solides quant à la localisation du/des bas fourneau(x), dont l’emplacement exact demeure à ce jour inconnu. Dans les autres cas, priorité sera également donnée à la fouille de structures de réduction (au sud du Portugal, on ne connaît qu’un seul bas fourneau, fouillé accidentellement – et seulement partiellement ! – lors d’un diagnostic préalable à la construction de l’IC2/sublanço Castro Verde-Almodôvar). Si une structure de ce type venait à être identifiée, nous effectuerons des prélèvements de charbons pour datation par radiocarbone et étude anthracologique. La totalité des déchets de production sidérurgique (fragments de minerai, scories, parois argilo-sableuses, sous-produits) sera prélevée, puis triée, comptée et pesée par catégorie, afin de sélectionner des échantillons représentatifs en vue d’analyses chimiques, pétrographiques et métallographiques, dans le but de mieux comprendre les procédés techniques employés. Le reste du matériel mis au jour (céramique, objets lithiques, restes végétaux et fauniques, etc.) sera également étudié et apportera des informations particulièrement appréciables sur les communautés rurales du haut Moyen Âge. Les travaux de terrain auront lieu de la mi-octobre à la mi-novembre 2008.
À ces objectifs scientifiques s’ajoute également une visée pédagogique, notamment par l’accueil d’étudiants en archéologie des universités portugaises, qui pourront ainsi parfaire leur formation de terrain. Par ailleurs, outre la publication, le projet de carte archéologique débouchera sur plusieurs actions de communication, menées en partenariat avec la mairie d’Odemira (exposition – temporaire ou, peut-être, permanente –, conférences, colloque), destinées à sensibiliser les populations du concelho à leur patrimoine archéologique. La présentation du projet de recherche et des résultats obtenus, de même que la présence d’une équipe internationale travaillant à Odemira, est à même de rapprocher la communauté archéologique du grand public, ainsi que d’aiguillonner le processus de prise de conscience de la part des collectivités locales sur le développement durable lié au patrimoine (protection, mise en valeur des sites, tourisme).
Cerro
do Castelo de Vale Feixe: grand établissement fortifié du Bronze final
tourné vers l'exploitation minière (mines de pyrite à ciel ouvert dans
la vallée). L'établissement a aussi connu une occupation sporadique du
haut Moyen Âge, tout le mobilier de cette époque ayant été ramassé sur
le petit mamelon arrondi sur la droite du cliché, au niveau du petit
massif d'eucalyptus isolés. La vue présente en outre un paysage typique
de la Serra Algarvia.
(photo AIPRA : M.Grangé) |
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